ACTES SUD - l'An 2

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La postface de l’historien Pierre Serna

Pierre Serna, Professeur d’histoire de la Révolution française à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a suivi et accompagné le travail de Younn Locard et Florent Grouazel pendant l’élaboration de Liberté. Il en signe la postface, dont voici, en avant-première, quelques extraits :

« Grouazel et Locard affrontent l’évènement fondateur de la France contemporaine, celle qui se fonde sur la liberté, l’égalité et la fraternité, par la volonté du peuple et de ses représentants, pour en proposer bien plus qu’une épopée graphique, ce qui en soi aurait déjà constitué une prouesse, mais une lecture redoutablement intelligente, parce que grouillante de pistes interprétatives, de refus d’un manichéisme quelconque, collant au plus près d’une actualité que les contemporains avaient eux-mêmes du mal à suivre, tant la densité des événements pouvaient transformer d’un jour à l’autre les rapports de force et transporter l’espoir ou la peur d’un camp à l’autre. »

« ...les auteurs prennent le temps de dessiner, de faire parler, de montrer l’action, rendant à ce peuple sa visibilité. (...) Il en ressort, non pas la description du peuple, mais l’intimité avec des peuples, car, là encore, une histoire intéressante est une histoire complexe, non réductrice, donnant à voir l’éclatement du réel, la subjectivité des acteurs pris dans l’action dont le récit aplatit les émotions et le vécu de chacun. Ici la prouesse, et c’en est une, consiste à montrer LES peuples et Leurs Révolution qui finissent par converger vers LA Révolution, ce qui révèle une intuition qui s’approche sûrement de ce qu’a été cette période extrêmement confuse entre le mois de mai et le mois d’octobre 1789. »

« Vous croyiez connaître l’année 1789… Tout l’art de Grouazel et Locard est de la réinventer, avec justesse, authenticité, avec persuasion. Ils ne sont pas historiens, mais ils reconstituent le réel. Ils rendent probable tout leur travail. Deux cent trente ans après les faits, ils font revivre ces milliers de simples gens qui sont la chair et le sang de l’histoire comme au premier jour, avec leur imagination aussi, avec l’aide de la fiction sans doute, mais toujours au service du possible, du véridique. A leur façon ils contribuent à répondre, sans clore l’interrogation, à la plus difficile des questions que se posent les historiens du XVIIIe siècle : mais comment naissent les Révolutions ? »